31 déc. 2008

Imaginer (cerf-volant)

   Assise finalement cependant que debout depuis le matin. Depuis le matin tôt, debout de places en places, au rythme quotidien des jours d’hier. Ayant finalement cédée à cette soudaine nécessité de l’assis, tandis que passant devant cette place où s’assoir sans que jamais ne s’y soit jamais auparavant. Et jamais tant eu l’idée que la nécessité de le faire bien qu’y passant souvent ; au point que n’ayant jamais vraiment vu cette place pour assis ou une des autres, pour assis aussi, parfois non présents malgré leurs ombres encore longtemps gravées. La leur ou celles ce ceux à venir.  Assise donc à l’une des places qu’elle ignore au long du jour, que d’autres y soient ou pas, cependant qu’elle, de places en places, rythme des jours d’hier.

   Non pas assise à cause du tremblement survenu depuis qu’a cessé le pas. Ça su. Le tremblement non-cause. Pas même un pressentiment de tremblement, une anté-idée. Car jamais n’en a connue de cette sorte, lent et profond, comme issu d’un autre qu’elle qui l’aurait prise dans ses bras jusqu’à lui communiquer ces sursauts trop réguliers. Est-il pressentiment possible d’un inconnu ? Une crainte d’un non advenu qui n’aurait d’autre expression que la nécessité soudaine de l’assis ? Non su. Ne tremblerait alors pas mais serait tremblée, lentement tremblée comme bercée. Nul froid non plus qui l’y pousse — elle a même plutôt chaud, assise sous le poids des couches accumulés qui l’assaillent. Elle  n’en tremble pas moins, sans qu’aucune partie de son corps n’en porte la moindre trace, le moindre frisson sous la chair.

   À regarder ses mains un fil en partirait, haut, souvenir d’un cerf-volant qui, grondant si loin qu’un rien finalement vu au vent, raisonnait dans son fil son combat perdu, jusqu’à la rupture qui la laissa seule, le souvenir entre les mains du soudain creux qui l’envahi alors.

21 déc. 2008

Imaginer (lacune)

Au début imaginer une police lacunaire, avec pour prétexte moins d’encre sur le papier. Mais c’est aussi créer un vide supplémentaire,  tout invisible qu’il soit, donner au mots plus que le crénage, plus que les interlignes, plus que les marges, laisser ce qui vit en ces espaces gagner un encore, un plus, dans le texte, jusqu’au plus profond du mot, au cœur des lettres. Et dans ces creux infimes ajoutés, toute la place d’une richesse supplémentaire, le poids des mots eux-même à y résonner. Naîtra peut-être d’autant plus l’envie de moins de mots, d’une dilatation des blancs, d’oublier les rugosités des articles, les monts majuscules, les chausse-trappes virgules. On blanchira les voyelles jusqu’à l’oubli, le pâle fantôme d’un « e » impalpable finalement. Et puis, ensuite, naturellement…

Il aurait fallu s’arrêter avant le blanc total, laisser au vide suffisamment de marges-mots pour lui conserver son flux. À quel moment ?

19 déc. 2008

Imaginer (½ vie)



    — Si ce n'est pas la terre — qui ?

   — Elle encore, au dedans d’elle, au plus profond de ce qu’elle est. Creuser, sans nécessité de plus qu’une poignée, la moitié d’une, tant qu’elle est la bonne. Se baisser jusqu’à elle, Terre, lente révolution et rotation, jusqu’à la poignée, de laquelle extraire le grain, l’infime, mais constituant d’elle pourtant, et donc elle-même, grain en révolution, poignée en rotation quotidienne autour du centre chaos.
Attendre encore, et compter. Être l’assis, révolution et rotation, qui compte et attend la transmission d’infimes, mort des noyaux et leur renaissance en d’autres plus infimes encore — quelques échappés de la bataille e⁻,  γ, donc E. Le temps non plus ajout, addition de tours, retour au départ une fois la boucle, mais fin, scission, fission, du noyau lui-même et du temps nécessaire à ce qu’une ½ quantité cesse et renaisse autre + E. Non plus retour à bout d’élipse mais ½ vie par ½ vie la marche lente vers la dernière fission, la dernière ½ morte restante.
On creuse encore, on cherche la terre pour ces rien de césium à faire vibrer, pour ces quelques γ émis qui disent lentement, les micro temps qui s’accumulent. Reste pourtant, dans fond du temps, au le creux de la vibration, l’incertitude — de 5.10⁻16 seconde ? — avant que le doigts ne s’abatte sur la touche.

6 déc. 2008

Imaginer (jusqu’)

Mon cher Antoine,

Nuit comme tu en connais peut-être, obscurité profonde du plus loin du vu jusqu’au plus profond des écarquillés, comblés d’une sombre opacité impalpable. Ne restait que ce vent comme jamais jusqu’alors, mordant à pleines rafales tout l’au-delà. Rues, maisons, léchant patiemment les murs et le toit tout autour. Mais plus que simplement autour, plus près, jusqu’aux dernières limites de l’impalpable. La pluie elle même dispersée, seules quelques gouttes parvenaient par semis échevelés sur les vitres et sur le zinc. Ces vibrations en cavalcades auraient dû esquisser une limite mais l’assourdissement grandissant transposait les vitres et zinc à portée de peau. L’obscurité saturée de vent avait réduit à rien ce qui distance habituellement l’enceinte mur de l’enceinte peau. Fenêtre en poitrine, plexus de verre, ventre zinc, mais rien à y dégouliner, nulle rigole à suivre les plis, pourtant la violence de chaque percussion se détachait des murs pour courir jusqu’à moi sans m’atteindre jamais, seul le risque le faisait. Était-ce encore de la pluie ?

Les mugissements étaient tels qu’on les aurait facilement crus tournoyant dans la maison, bousculant les murs, ne s’attaquant étrangement pas à la bulle de chaleur où nous étions encore, couchés comme endormis. Ne dormant pas. Nulle assurance qu’allumant la lumière la maison ne se dévoilerait pas pour défigurée, le monde détruit tout autour. Il aurait fallu se rendormir sur l’incertitude de cette obscurité. Je ne dormais pas. J’étais, dans ce noir absolu illuminé du seul vent, deux écarquillés dont pour finir le doute du bleu. Attendre guetter. L’inévitable. Jusqu’au moment où le toit ne s’envolera pas, où ne plus être en instance de dispersion. Être, n’être, qu’attente, en ce que tout clamait la sécurité, la chaleur, mais c’était soudain augmenter les chances que ça survienne. Quoi que ce soit. L’encourager. Debout pour finir. Tout plus calme que la crainte ne le disait, l’escalier grinçait dans un presque silence quand la plante des pieds n’a pu fuir le froid des marches.

Confirmation, claire dans la nuit, de tous ces jusqu’où tu te dois d’attendre si souvent que ça ne s’écroule ni ne s’envole. Toutes ces immensités qui t’y contraignent et ne sont pourtant qu’une nuit de plus, quelques gouttes, du vent. Tu te lèves, pieds nu sur carrelage. Nécessité d’une attente qui ne peut se faire allongée, passivement rivé sur le noir absolu illuminé de quoi alors ? Était-ce vraiment cette nuit là l’impossible clarté du vent qui me levait ? Quelles sont-elles les certitudes nuit qui te poussent à marcher ? Déambuler disent-ils. Pourtant il est trop peu, trop petit, trop anodin, ce « marcher sans but ». Car c’est bien marcher qu’il faut, et le but est impérieusement là, dans cette marche elle-même. Que le pied heurte le sol, que le talon le dise à la jambe jusqu’au plus haut du possible, la vibration pour combler la nécessité sans adjectif, sans nom, muette et aveugle, mais nécessité donc contre laquelle sur le moment seule la marche semble combat. Résistance au moins. Vibration du tremblant soi contre le tout autre qui approche jusqu’à l’orée du palpable, insaisissable à jamais.

Ce matin le ciel bleu, limpide, et ce n’est qu’en lui, longtemps après la marche, que je trouve la confirmation de la tempête qui l’a lavé du gris des jours précédents. Le bleu reste. Après le vent, la pluie chassée et la lente marche en rond de soi dans l’espace clos seul disponible, bien entendu, pour finir, les bleus restent ; une paupière de nuage, un trait blanc au dessus par endroits, un cillement les laves. Tu souris, je ne sais pas si c’est une victoire, mais tu souris, et marches.

21 nov. 2008

Imaginer (portée)


Tu sais cette autre musique là non loin. Sous les doigts. Comme depuis les première fois, le gai et le triste mêlés, les inflexions de l’anche, la laisser céder jusqu’au bord de la rupture. Mais non, ne pas oser, pas tout de suite. Tu préfères le support de la partition les K622 et opus 120n°1 pourtant bien plus difficiles, mais dont le labeur justifie la maladresse. Tomber avec un cadre auquel se rattraper pour ne tomber seul, avec la seule musique et comme on la nourrit pour se tenir debout, soufflant. Perdre ce qui la tenait autrefois.

9 nov. 2008

Imaginer (chute)


    Pas à pas, je tombe. Je ne vais pas, ni ne le suis encore : rien de l’avenir ne me concerne plus ; quant au passé je l’ai oublié. L’instant seul m’importe, et donc ce maintenant pendant lequel je chute, qui m’ensevelit dès à présent sous mes propres pas. Chacun d’eux, l’un après l’autre, me confirme cette sentence.
    Vous, ne le voyez pas.
    Tombée, je le saurais, je serais au sol, une immense peur nouvelle, celle de bouger — je ne bougerais pas —, de casser ce qui le serait peut-être déjà, et la douleur naturellement, que ce soit elle ou le souvenir que j’aurais soudain d’elle, au creux de l’opaque qu’est ma mémoire, une lueur alors que je n’en guette plus de longtemps, rien à apprendre du vague qu’est le souvenir, rien à espérer, pas même une idée de fin satisfaisante pour le lendemain. Ce souvenir soudain, tel qu’il ne m’apparaitrait pas souvenir, mais réalité, mal, résultant de la chute dont je n’aurais déjà plus la moindre idée. Si tombée, donc, ne pas bouger et attendre lovée en douleur que ce qui doit advienne. Or à l’instant je ne suis pas figée puisque je tombe sous ces pas que vous entendez habituellement glisser longuement sur le plancher, dans l’engourdissement de mes membres, le difficile de les mouvoir et le temps infini qu’ils mettent à répondre aux quelques suggestions que je leur soumets encore : je tombe. Un instant, une fraction, je m’effondre. Vous ne me rattraperez pas si vous ne l’avez pas déjà fait. Vous ne le faites pas.
    Je ne vais pas tomber, ce n’est pas un futur, n’imaginez pas un évènement non advenu ou comme une vague crainte fondée sur je ne sais. Car je n’ai pas d’idée du futur et pas plus d’envie que de nécessité. Je ne vais pas tomber, si tel était le cas vous me rattraperiez, vous sentiriez la chute avant même que je la sache. Votre main sous mon aisselle, vous seriez déjà en train de me retenir. Vous n’en faites rien. Je ne la sen pas, collée à mon corps comme corps lui-même. Je tombe. Maintenant. Dans le rien de l’instant dans lequel j’aurais dû être avec vous je tombe seule.
    Sensation nouvelle. Certes tout me semble l’être, mais je ne crois pas que ce soit celle qui m’occupait jusqu’à présent. Cette force qui maintenait mon corps au lit lorsqu’allongée et au sol quand debout m’y cloue tant à présent qu’elle m’y pousse. Ce n’est pas que je sois attirée au sol, mais plutôt qu’une rupture est provoquée, l’a été, laissant à cette puissance tout le loisir dont elle ne pouvait jouir jusqu’alors. Et ça fait si longtemps. J’ai du échouer, perdre une lutte. Quel front de quelle bataille n’avais-je pas encore laissé béant ?
    Une libération. Vous ne me rattrapez pas. Ne le ferez donc pas.
    Ne tombant pas je vous aurais présent à mes côtés, et si non vu, non loin. Le sol serait cet espace inaccessible à mon corps trop grimaçant et je l’ignorerais autant que le reste s’il n’était de ces derniers objets offrant à mon corps le retour plus ou moins ferme qui me renvoie à moi-même. Je connais bien ce sol, j’y glisse régulièrement, soumise à l’effort nécessaire auquel chaque relief me contraint. Ne tombant pas je serais, sagement pas à pas, attendant qu’advienne ce que doit. Mais je ne suis pas en attente : je tombe. Et cette réalité que l’instant m’offre me comble tout à coup sans que je sache en profiter vraiment.
    Je pourrais crier. Sans doute le devrais-je. Peut-être même est-ce le cas. Je crie. Pourtant je n’entends pas ma voix, pas mon propre appel, il ne résonne pas en moi. Il le devrait. Quand bien même sourde, il y aurait cette résonance, je sentirais son passage vibrer dans ma poitrine, ma gorge, mon nez, un cri vrillerait ma tête. Douleur encore. Rien. Tout ce que je sais c’est cette chute qui me saisit. Que crier ? « Je tombe » ? Vous ne me croiriez pas. Et puis je tombe à l’instant et le temps du cri, il sera trop tard.
    J’aurais fini de tomber.

24 oct. 2008

Imaginer (compression)


Rien. Ne suis. N’ai l’air de. De moins en moins. Fait tout pour. Disparition de bras, jambes, thorax par comme trou, lentement noir de plus en plus au sternum. Nouvelle bouche goulue jusqu’à elle même. Rien. Seuls les deux bleus sans doute pour finir. Guettent. En coin, attendre la rupture sans la connaitre. Espoir & crainte de l’instant où le corps — cet autre, celui devant, scène & lumière, exposition absolument obscène, peau au delà du tissus — ne saura plus se dire lui-même. Il passera outre ce qu’il est, ce qu’il croit être. Plus loin que ce que l’esprit lui accorde, que ce qu’il s’attend à voir, à croire. Déjà la forme n’est plus celle du commun. Oublie croissant de ce qu’elle est : un corps. Mais toujours en elle encore quelques bribes, repères de plus en plus isolés, rien à faire là, à côtoyer d’autres repaires. Deltoïde élancé sous voute plantaire, orteil sur joue. La lente lordose ploie comme un monstre s’étire. À rompre. Évidence de la rupture à venir — à moins qu’on soit déjà dans cet au-delà chair, masse, que la cassure se soit produite sans heurts — puisque tout loin en torsion qu’elle aille, elle crie sans cesse sa logique de corps et la volonté qui s’y rattache dans chaque unité anatomique encore perçue.
Et l’impossibilité finalement de maintenir les deux mouvement simultanés.
Il faudrait abandonner. Mais la continuité de la rupture ne cesse, lentement un peu plus loin, les angles vers les extrêmes et l’espace autour ne sachant plus comment occuper sa place, combler les vides nouvellement créés et porter par ailleurs cette mobilité lente vers un infini bosselé. Il y aura un sourire de ce qui ne peut être que bouche, pour chasser l’effort loin et séduire l’idée de facilité qui s’était échappée. D’ici les deux bleus se raccrochent à ce qui encore dépasse — ces doigts croisés par exemple ; ce visage malgré tout inchangé.
C’est encore une impression de torsion, mais dans l’inspiration, elle, qui déplie le tout pour rendre à chaque partie sa place originelle oubliée l’instant d’avant. De part et d’autre du gouffre de la scène un même frisson rétabli l’unité en gravissant lentement l’a colonne jusqu’au picotement des cheveux et un battement de paupière pour clore l’image ; l’oublier ou l’inscrire.

4 oct. 2008

Imaginer (GICARE)


Naturellement, vous n’êtes pas sans ignorer que l’on sait bien le travail de nos équipes de R&D depuis des années sur des études américaines mettant en jeu des sportifs de haut niveau cf. la photo — les J.O. — avec pour conséquence logique du travail manuel consistant en une pression sur le bouton préprogrammé avec retour via l’interface ergonomique et intuitive qui déclenche un courant électrique presque indolore — mais on sait que c’est signe que ça fonctionne — dont la diode est témoin et qui remonte le long de la chaîne réflexe neuro-musculaire agissant par un bio-travail local sur la globalité avec effet immédiat par le travail acitf du patient et le retour proprioceptif du « bip » indiquant le mal vaincu comme le montre ce graphique que nous vous proposons à l’occasion du salon avec une réduction de 10% et la possibilité d’un règlement en 3× sans frais sitôt que bippé votre badge avec code-barre intégré lequel donne immédiatement accessibilité à vos boîtes tant virtuelles que postales afin de pouvoir, naturellement, s’assurer de la bonne santé de vos patients et proposer à ceux qui n’ont rien de se faire mal pour atteindre au corps de rêve souhaité déductible des impôts, comme vous vous en souvenez sans doute, on nous l’a appris, c’est un phénomène tout naturel.
Merci.

28 sept. 2008

Imaginer (regarde !)

Assis regarde assis ce paysage qui lentement s’essouffle jusqu’à plus mais si bien sûr encore un peu un petit peu nécessaire évident même après que clos les deux tel qu’alors clos parfois sans que vraiment sommeil ni qu’il parvienne celui-ci a s’installer autrement qu’interompu-hocquetant mais pour qu’hocquetant il faut bien un soudain malgré tout infime suffisant soulevant une fine couche de torpeur qui s’abat à l’issue d’un vol finalement plutôt gracieux et fait sombrer quelques instant avant la prochaine ouverture quand impossible à dire mais prochaine et donc pas le clos définitif qui ne suffirait pas à taire l’essoufflement du paysage.
Paysage donc après même bien entendu le clos définitif des yeux de ceux-là sur lequel certains autres se pencheront pas vraiment pour voir mais pour combler sans doute un devoir ou une envie et puis se détournerons puisque vif encore  assez pour suivre le serpentant mal défini entre ajoncs et bruyère jusqu’à ce que décidé pour ces deux regardant-là comme ce qu’étant sommet alors que finalement vaste plateau changeant au grès de quoi qui creuse et façonne décide d’où l’eau et jusqu’où ravine et le sens du vent celui qui couche les herbes tant que ne retrouvant que mal leur place dans un sursaut élastique lourd de la crainte de la prochaine bourrasque  mais suffisamment  tous ensemble un effort de retour à la position qu’on attend d’elles pour des trains réguliers de vagues vertes comme main tant large qu’invisible sur le velours smaragdin où finalement s’assoit donc lui aussi dans l’humide qui glace nul trace d’un précédent de plusieurs dans ce froid qui rapproche un peu peut-être de l’obscrité totale dans laquelle le précédent il y en a un forcément oublie ce qu’alors il voit sans plus de hocquet paupières jamais mais pas non plus cette fin là pas tout de suite puisque l’humidité sentie loin en tréfonds mal explorés sinon quand la douleur y frappe comme un clou dans l’os qui assoit ischion pied à plat par parties avalés et la mousse prête à y grimper suspendue dans l’air saturé d’eau coudes sur genoux et le mentons au creux des paumes de sortes que les pensée non pas pensées mais ruminations mettons répétitions sans cesse ou qu’importes dire elles lourdes au crâne pèsent par cette colonnes bras jambe jusqu’au sol mou ou s’oubli le regard aussi avant de chercher une perdition plus grande loin ne trouvant pas mieux qu’une errance sur la globalité du vide sans surtout sans arrêt aucun sur un détail qui perdrait le reste impossible à contenir dans une tête si pleine même après tant de temps et aujoud’hui encore le glacé gagnant aux jambes tandis qu’ assis regarde assis ce paysage qui lentement s’essouffle jusqu’à.
Où ?
Quand ?
Regarde !

20 sept. 2008

18 sept. 2008

Imaginer (accronymes même pas récursifs)

« Je déclare… bla… code de déontologie… Paris, le »
CPAM (« cépam » disent-ils)
URSSAF (mon amis)
Ministère chargé de la santé (Ministère chargé du trou ? Trop vulgaire)
CARPIMKO (« si affilier dans un délai d’un mois après début d’acticité » (sic.))
CPS (difficile celui-ci, cousine de celle d’en dessous)
CV (non, pas celui-là, c’est « une »)
DDASS (se laver les mains, consciencieusement)
RIB (comme un claquement mat, une balle)
MKDE (MKDÉ, en fait)
ADELI (je ne sais pas, mais joli, musical, on l’imagine, courant, rire aux lèvres)
« Lu et approuvé » (sinon, pourquoi lire ?)
RF (pourquoi toujours envie de lui coller une moustache, à celle-là ?)
CO (un petit nouveau, on s’absente quelques années, et ça pousse tout seul…)
SIREN (nul enchaînement au mat n’y résiste)SIRET (en cas d’éclaboussure ayant pour cause la ci-dessus ?)
Assurance (il en faut)
SIE (pous CGS RDS et consors)
« Signature »

Sans même lever vraiment la tête tous les nuages imaginables s’offraient
L’instant d’après d’autres encore tous les imaginables mais d’autres
Gris grands et infimes gris à toucher presque si le touchable n’était pas de l’eau et plus du gris
Avancer dans ce gris épais qui perlerai si plus tandis qu’il galoppe autour
Lumière luttant tant qu’elle perçait oui par endroits oui jusqu’à plisser les yeux dans l’impossibilité de dire d’où la source
Celui qui fait reflet le soir sur les vagues
Rose reflets
Rien en reste ni le vert ni le bleu mais sous le poid de ce moutonnement là toujours
Ou allégé par lui plutôt fort de ce gris là
Si bien que debout ou autre pas vraiment d’espace pour
En attente de pouvoir par instant
Et soudain hors soi
Souvent hors soi
Apaisé presque

25 août 2008

Imaginer (silhouette)

Étendue allongée inerte dirait-on mais non inspir expir lentement rien sinon le soufflet légèrement sous le drap fin presque rien la masse lisse des cheveux au dessus de laquelle se pencher y chercher un profil mais non ne pas se pencher savoir là la soie des cils et sous les mèches la nuque jusqu’à l’épaule à peine une bande de peau du bout des doigts mais non entre le gais cheveux et le carmin tissus pas tant enflé puisque immédiatement le dos de trois-quart ébauche d’épaule gauche plus haute que la droite invisible sous la pente du tissus puis dos et sa vallée vertébrale à dévaler lentement en rotation jusqu’au bassin à plat apex rond et douceur de peau sous tissus tendu mais non immédiate déclivité longue poplité diaphane jusqu’au sursaut des talons à chatouilles blotties et les orteils enfin pas tant petit corps total puisque globalité impossible en bras vraiment toujours une échappé possible si étreinte non voulue, mais non.

5 août 2008

Imaginer (Scansion)


Il, à chaque pas, martèle ce que sous ses pieds — ce que, ne le sait, mais sait la nécessité de le marteler. Avec force écrase chaque pas jusqu'à la certitude de l'en-terre. Écoute en retour la résonance jusqu’au plus loin de sa masse et ce comment cette scansion se mêle au flot de la bouche, le hache, le broie. Canalise dans l’os et l’épais quelques mots au passage. Deux trois. Rarement plus extraits du tout créé par les liaisons qu’il glisse entre eux, comme un crin ne servant qu’à être oublié entre les perles qu’il lie. Vite, il met des points. Respire. Un pas encore. Nouveau et surprenant alors que les mots ne le sont jamais. L’inverse pour le regardant qui le verrait passer. Nul. Ou s’il y en a, ne les voit. Tête folle et bataille de cheveux. Lèvres naturellement rouges. Et rougie plus encore de tant de mots contre le sol sous les pieds. Happé par. Encore marche. Parfois la tête trop vite et court jusqu’à la bouche : seul ce bout du corps encore s’emballe. Ne gambade rien du reste qui ne connaît que le poids, l’écrasement pour la vibration en retour. Peur peut-être, il marche plus fort, s’arrête-repart, repart car les mots, eux, ne cessent, et qu’ils ont nécessité du pas pour accroche, rebond, ou autre nécessité physique de densification ou cristallisation ou. Nécessité du pas pour les mots, et des mots pour. Assurance de ce trio, basse dans les pieds, la charley légère en baguettes de doigts sur la jambe, raideur du sale, et la bouche pas plus soliste que les deux autres. Un mot encore, par quoi d’autre que poussé par le suivant ? lui-même de même.
Un encore.
Mot.
Nécess.
Sous les.
Resp.
Un encore.
Pas.
Néce.
Un encore.
Car Né.

31 juil. 2008

Imaginer (prs à l’heure)


J’en avais rêvé il y a quelques billets, la communauté l’avait déjà fait : mon livre électronique affiche l’heure. Et j’ai bon espoir que la méthode qui a permis que le sony m’affiche l’heure puisse aussi, un jour, lire mes fichiers sons en ogg et en flac.

La communauté open-source étant ce qu’elle est il y a déjà un firmware open-source en cours de développement pour les livres électroniques, et le prs-505 est un des appareil auquel est destiné ce firmware. À quoi bon ? C’est très simple : pouvoir faire ce que l’on veut avec l’appareil. Lui faire lire les formats que l’on souhaite, avec le logiciel que l’on souhaite, améliorer les performances et utiliser toutes les capacités de l’appareil. Or tout dépends de la puissance et de la mémoire contenue, mais par exemple à partir du moment où il y a une prise usb (et que la construction de la carte mère le permet), on peut y connecter plein de choses ! Soyons fou : un clavier ? une clef bluetooth ? à vrai dire, je ne vois pas ce qui empêcherait d’y brancher une clef wifi… de nombreux pilotes sont dans le noyau linux.

Ça fait longtemps (depuis le jour de son achat, en fait) que mon ipod ne tourne pas avec le firmware Mac™ mais avec rockbox, qui me permet de lire tous les formats que je veux, de ne pas utiliser itunes ou équivalent linux et donc de gérer mon ipod comme une simple clef usb. Nous nous en portons très bien…

Dans la même veine, on trouve un dictionnaire qui peut tourner sur le prs-505 (pas pratique du tout, mais bon…) ou, plus intéressant, un gestionnaire de bibliothèque multiplatformes (lui !), calibre, qui propose même de récupérer des données sur le net, de les transformer et de les mettre sur le livre (vidéos).

Tout ceci est naturellement encore jeune, tout comme les appareils auxquels c’est destiné, nous verrons bien… mais il est rassurant de voir que dans ce domaine là aussi, la communauté open-source n’est pas en reste.

29 juil. 2008

Imaginer (montagne)

Mont, chairs assises lorsque non couchées, surmontées d’une tête nue où deux rieurs luisent lentement. Fatigue de la chair. Fatigue des yeux. Vivacité du regard n’appartenant presque plus au corps, le laissant, lui, à ce qu’il souffre trop, aux noms barbares dont se parent les causes et qui ne répondent pas aux question ; ternissement parfois des deux vifs avant qu’ils cillent et que l’ombre en soit chassée.
Sourire.
De la bouche entre joues rebondies et lèvres sang sortent les mots que la timidité ne peut y tenir plus longtemps. Besoin du dire, réflexes anciens de la politesse dictée. Ils disent entre deux essoufflements, incompréhensibles sinon la musique contenue qui signe leur origine, tandis que s’excusent dans un plissement complice les deux désolés. Un hochement de la lourde tête. Sourire au passage des sons.
Les mains répondent, timides avant que fermes dans leur certitude technique, répondant au corps, tandis que le silence s’étale face au décochement sans cesse des douleurs contre la masse. Les yeux tempères. Continuer. Rien de grave : le corps crie depuis tant que ces sursauts ne sont rien.
Surgit alors une enfant aux mèches sauvages. Un rien entre les grosses mains, un infini sur les larges genoux. Le bonheur cache la souffrance sous un tablier de caresses. Elle, légèreté minuscule, a déjà bondi sur ses frêles guibolles, s’est enfuie.
Avant la séparation dans l’assurance du retour, une boîte tendue de pistaches parfumées qui disent par l’émeraude cachée sous la paupière violette toutes les saveurs de la langue inconnue.
Acceptes.

27 juil. 2008

imaginer (livres ?)

Photo : Edward Burtynsky :
Rock of Ages # 15,
Active Section, E.L. Smith Quarry, Barre, Vermont, 1991


Petit billet rapide pour le plaisir de mettre la photo ci-dessus. Et j’encourage à aller voir le site.

Exploration de l’outil « tablette de lecture » depuis une semaine. Lecture de nombreus heures sous divers éclairages tel le train, le métro, la rue ou la petite lampe de chevet poussive : pas de problèmes.

Pris en défaut lors d’une utilisation avec lampe frontale… il ne faut pas de lumière qui pointe sur l’écran… je chipote.
La batterie tient bien, y compris en écoutant un mp3 en même temps.

Impossible d’installer le programme sony avec l’émulateur windows sous linux. J’ai donc du passer par un Windows XP™ pour mettre à jour le pilote. Gain en vitesse et qualité d’affichage très net et, bonne nouvelle, le support de l’epub arrive. Mauvaise nouvelle, c’est encore balbutiant. En particulier pas de support pour la justification du texte et la coupure des mots : avec une faible largeur d’écran tel que c’est le cas (9 centimètres), à moins de lire de la poésie, c’est raté.

Reste que l’arrivée de ce type de formats qui permettent de reformater les textes fonction des supports, se pose le problème déjà posé pour lequel je n’ai encore lu de solution : comment se repère-t-on dans un texte qui ne cesse de voir son nombre de pages modifié ?
Comment noter sur un bout de papier Cf. p.79 si nous n’avons aucune assurance que le passage souhaitée sera encore à la page 79 ?
Je suis convaincu que l’étalon du livre, la page, va devoir s’adapter (disparaître ?).
Or les signets électroniques ne le remplaceront pas. Pas tout de suite. Comment un prof pourrait-il faire un cours et donner des références avec signets électroniques ? Il enverra peut-être son cours aux élèves, avec les extraits liés. Demain sans doute. Pour l’instant, le support n’est pas là (pourtant, j’ai vu que sur la carte SD de mon sony, un nouveau dossier a été créé qui contient les notes de Digital Édition™).
En attendant, je ne vois qu’une seule solution simple : changer d’échelle. Puisque la page n’est plus, rabattons nous sur le mot — voire sur le caractère, mais les quantités vont vite être ingérables. Forcément, comme le nombre de mots d’un livre peut malgré tout vite être important, peut-être userons-nous du déci-mot ou du kilo-mot. Je nous vois bien avoir quelques difficultés à nous y faire, mais les journalistes manient ces unités-caractères depuis longtemps. Et puis nous avons bien appris à parler en kilo, méga, giga, octets ou pixels, je ne vois pas pourquoi Cf. 2,165 kMt ne finirait pas par être une référence parlante.

Peut-être utiliserons-nous plutôt des pourcentages, ou des « pourmille » (‰) de ce nombre de mots dans l’ouvrage. Pas sûr que ce soit assez précis.

Et puis, s’il te plaît, monsieur Sony™, je voudrais bien que tu occupes un peu cette barre noire en bas de la page en y mettant, par exemple :
— l’heure (mise à jour à chaque tourne de page) pour que je sache qu’il est vraiment temps de fermer la lumière ;
— le titre, l’auteur, de ce qu’affiché — oui, c’est bête, mais comme le support est inchangé, quand on rallume l’appareil, il serait bien de savoir sur quoi l’on tombe !

Pour finir, pour les accros parisiens et autres usagers du métro, une version png du plan des stations, à mettre dans le dossier « image » : ici (il faudra zoomer dessus).

18 juil. 2008

Imaginer (prs 505)

(oui, la photo est horrible, c’était pire avec le flash ou une lumière directe)

Me voici donc en possession d’une « tablette de lecture » sony prs 505.

La bête est plutôt jolie, bleue foncée — j’ai choisi cette couleur en espérant que ça favoriserait un bon contraste par rapport au papier — étonnamment légère et fine hors de sa pochette.
La pochette est de plutôt bonne facture bien que le mode d’accrochage fasses que le livre n’en est solidaire que par la tranche (comme une page, en quelques sortes) et bouge un peu dans son emplacement. L’autre inconvénient, c’est qu’ouverte, les boutons sont à quelques deux centimètres du bord et qu’on a moins l’appareil en lui-même au creux de la main portant le poids sur le bout des doigts. La tenue de la main droite est plus agréable sans la pochette… et plus agréable avec de la main gauche !
Je ne vais pas détailler tous le fonctionnement, il y a suffisamment de vidéos et autre sur le sujet partout sur le net. Reste que les boutons sont assez agréable, plutôt durs mais on évite ainsi les appuis inopinés.

Quelques considérations techniques :
  • Impossible d’utiliser avec ma carte SDHC de 8Go. Même en la partitionnant de façon qu’une première partie n’en fasses que 2 ;
  • la carte SD de 2 Go est parfaitement reconnue ;
  • branché via le câble usb, linux reconnaît automatiquement la mémoire interne et la carte SD comme deux clef usb correctement nommées et automatiquement montées ;
  • il suffit de recréer l’arborescence dans la carte SD tel que François l’a indiqué dans son billet concernant les Mac™ (à ceci près que le lecteur avait automatiquement créé un répertoire « Sony Reader » dans lequel j’ai créé l’arborescence ;
  • premier chargement en quelques heures via la recharge qui se branche sur le courant
  • pour la synchronisation, nous disposons sous linux de conduit dont la dernière version sortait hiers, coup de chance, car bien que prométeur, le logiciel est un peu jeune à mon goût. Pour les ubuntero, un dépôt pour cette version est disponible sur launchpad et conduit est un des logiciels dont on trouve des mises à jour sur getdeb ;
  • mauvaise nouvelle : pour pouvoir installer, qui sait peut-être, des mises à jour du firmware (ou un firmware opensource), il faudra impérativement passer par le logiciel dédié ne fonctionnant que sous Windows™.

Première réaction, comme tout le monde : la lecture est étonnamment facile, on oublie totalement l’appareil. Les blancs pourraient à mon goût être un peu plus blanc mais ce n’est pas gênant pour la lecture. Le temps de réaction après chaque appui sur un touche est au début surprenant et il faut s’habituer à ne pas cliquer 3 fois là où une seule suffit… plus un léger temps d’attente. Ceci entraîne que lors de la lecture on se retrouve à anticiper un peu la fin de la dernière ligne pour tourner sa page.

J’ai testé des pdf issus de publie.net, d’autres de feedbooks (qui permet de régler soi-même la police utilisé et la taille des marges, dommage que le site ne soit pas plus francisé et qu’on ne puisse pas facilement dire qu’on ne veut que des livres en français) ou d’aldus. J’ai bien entendu créé moi-même des pdf avec context. Je pense d’ailleurs que le plus confortable est de ne mettre aucune marge ou presque. Quand il y en a, mon premier réflex est d’appuyer sur le bouton « zoom » pour que le texte occupe toute la page. Cette fonction pose quelques porblèmes avec les pdf car avec certains pdf, quand on passe à la page suivante, le zoom n’est pas optimum et il faut revenir à la taille normale avant de re-zoomer.
Les résultats sont mitigés, certaines polices trop fines ou détaillés passent mal (la LinuxLibertine par exemple) alors que d’autres sont très bien (j’ai utilisé la Gentium pour le moment). Il faudra que je teste une des nombreuses polices « sans sérif » libres disponibles et qui sont peut-être plus adaptées puisque moins ornées.

J’ai beaucoup moins testé les .rtf mais il semble que le résultat soit également très bien, avec cet atout de permettre de changer la taille des caractères. Un regret cependant : on dirait bien que les polices qui sont dans la machine sont très limités… l’apostrophe typographique « ’ » n’est pas reconnue — c’est pourtant le guillet de citation de second niveau en anglais —, le tiret sur cadratin « — » non plus. Il est vraiment dommage qu’un appareil destiné a rivaliser avec le livre ne permette pas ce minimum de mise en page. Peut-être est-ce OpenOffice qui s’y prend mal…

L’ergonomie de la navigation est agréable, avec quelques raccourcis bien pensés lors de l’appui long sur les touches, utiles compte-tenu du temps de réaction.

Je n’ai jeté qu’un rapide coup d’œil aux courts textes déjà présents dans l’appareil à la première ouverture. La qualité semble au rendez-vous mais le format n’est pas ouvert, je ne sais pas comment on peut créer des fichiers qui l’utilises et il peu de chances que j’essaie de le faire ! Poubelle.

Car bien entendu, tout n’est pas rose… et sony n’a pas retenu la leçon après l’abandon « forcé » de son format de fichier audio (l’ATRAC). Où est le support de l’epub ? Pourquoi l’appareil ne sait-il pas lire des fichiers sons au format .ogg ou .flac qui offrent pourtant une bien meilleur qualité que le propriétaire mp3 ? Espérons que des mises-à-jour du firmware apporteront le support de ces formats (on peut rêver). Pour finir le support du format .doc est annoncé mais en fait il faut être sous Windows™ et posséder word™ pour que le logiciel de sony fasse la conversion à notre place.
Bonne nouvelle pour l’affichage des images le format .png, bien supérieur au .jpeg, est supporté. Dommage que ce ne soit pas le rôle de la machine et que le temps d’affichage des images soit horriblement long.

Pour finir une conclusion après ces deux premiers jours : quelque soit les questions techniques qui restent à régler, une chose est certaine, c’est avant tout un livre. Ou ce qui s’en rapproche le plus dans l’usage. J’en veux pour preuve que quelques heures après en avoir pris possession j’étais déjà à l’utiliser tout naturellement, sans problèmes de reflets ou d’encombrement, dans le bus, pour lire en marchant comme à mon habitude, ou au lit le soir. Aucun autre appareil de lecture ne m’avait permis ça jusqu’à présent. Je sens qu’il va falloir que je trouve un moyen de le protéger : il ne va pas beaucoup me quitter.

16 juil. 2008

imaginer (sens)

Richard Avedon - Samuel Beckett, écrivain 1982

Dehors ! Hors de. Soi (nowhere). (Out !). Hors de et donc vers. Loin de ce qu’étant. Ce en quoi étant. Réfugié et incapable de quitter. Le rassurant. Ou un instant seulement : lever. Instant d’image, de photo, un rien de quelques millièmes de déclenchement, fraction de. Contre ce nulle part qui retient à l’intérieur, dans le noir et la vieille systole. Berceuse. Out ! La tête, un instant. La relever pour fixer. Droit devant — mais ce ne sera que soi l’aperçu pour finir, encore soi. Sur sels d’argents. L’avenir ou le futur. Ce qui vient là, figé dans la photographie l’instant d’après. Cet après développement. Futur qui restera si longtemps qu’il finira par être passé. Loin, tant qu’après plus même de noir ni systole. À quoi bon ? Relever pourtant les yeux hors du noir. À moins que noir ne soit finalement que lumière. Ou gris impalpable de la cécité. La lecture donne le sens. La sortie pour un temps. Ouvrir. Et le re-plongeon juste après. Le millième suivant. Un clin de diaphragme et non. Finalement non. Plus à trouver tête baisser. Plus à montrer, à dire. Y retourner.
Non pas que ne pouvoir la relever. Non, bien entendu. Ni le vouloir. Puisqu’à voir bien sûr. À scruter. À faire silence avant le temps du moins dire. Du faible moins dire.
Mais devant cet œil et cette mémoire qui s’annonce. Le risque de cette mémoire ; re-.

5 juil. 2008

Imaginer (fer)

Passage régulier au dessus d’une voie de chemin d’herbe. Enjambement du temps par quelque marche sitôt montées que leurs jumelles descendues après un court plateau sali, hauts grillages pour enclore la verdure citadine qui s’y ébroue, sauvage et protégée, aussi rare qu’abandonnée. Des hurlements colorés sur les murs vibrent à nouveau sur la pierre, vite, sitôt qu’un blanc pâteux les muselle, ajoute un sédiment à l’âge des villes.
Sous la mousse le rouillé gangrène ce dont imaginer vite les longues plaintes d’un train qui arrive, freine, acier contre acier — devant la roue, à hauteur d’essieu, une petite bouche est là, crachant un filet de sable pour augmenter le mordant —, s’arrête finalement toutes portes ouvertes avant d’emporter loin ceux qui y auront remplacé les nouveaux abandonnés du quai.
Passer lentement, la gestion du temps est vitale et l’énorme pendule n’est pas loin dans le dos, à côté de l’immense tableau des destinées à venir ; sentir les quais du monde et leurs foules aveugles se bousculant en traînant derrières elles leurs vies sur roulettes, les angoisses affleurant sous les recommandations, les souhaits de météo et ceux du retour. Retrouvailles ici, même pendule même foule, dans l’autre sens. Guettera au travers des têtes, revenant, celle là qui s’apprête à partir, aperçue un rien encore par delà son propre reflet, au dessus du peu de tronc que laisse entrevoir la vitre.
Arriver vite, la tête pleine de ce que dit, de ce qu’à dire, rien distingué vraiment de la masse grise des couleurs de l’habitude, les marches à la volée, mais sitôt qu’en haut prendre le temps et être pris par lui, un coup d’œil sur l’acier des lignes de fuite tronquée, la scansion obstinée des traverses rongées peu à peu, tout chassé en crâne d’un coup, un paysage nouveau glisse sous la peau, des ombres densifient l’air, forcent le « ralentis ! » intimé aux jambes. Une vibration sous les pieds, le pont tremble et après un temps immense c’est le silence des marches descendantes qui retentit finalement. Y repasser bientôt.

30 juin 2008

Imaginer (redondance)


Sac, duquel pas d’autre choix que tirer ce qui s’y trouve. Mots et idées et sons. Sons aussi. Palpés lentement dans le noir, la peau rougie de la main contre la toile raide. En chercher un dont la résonance tremble lentement un peu plus loin dans l’obsucurité, l’espérer autant que le savoir à portée de. En croiser d’autres, effleurer les images, frémir de ce à quoi elles renvoient — une odeur parfois dans le sac, fouilles encore —, les routes nouvelles, chapelet incertains. Ne pas. Ou si, justement, dévier parfois. L’autre route avec regret, la peur déjà, de celle qu’on ne prendra plus, la bifurcation perdue ou définitivement cassée. Se pourrait-il que quelques uns s’échappent ? Pour où ?
Saches que jamais encore n’as atteint le fond, que souvent c’est sur le vide que se clôt la main — appris à l’aimer, celui-là, tant il est du sac autant que le reste —, que d’aucun ne sont pas cachés si loin, pas caché, que les fuis en fait, un peu, sitôt qu’en leur parage, leur tournes autour sans doute, ou qu’eux te narguent. Imagines leur présence, ce qu’ils sont. Et leurs voisins vers lesquels reflues finalement.
Saches encore que le rouge à tes mains marque l’évidence revêche des limites de ton sac. Il faudra bien faire avec.
Et que s’il n’en est pas qui s’échappent bien qu’oublié un peu, reste l’idée qu’il puisse en rentrer.
Leur faire une place.


NB : Le mème du moment de la blogosphère littéraire. Cf ici ou .

25 juin 2008

Imaginer (souffle)


Instant où la parole s’efface ; que la bouche desséchée se refuse à elle pour la seule scansion du souffle, ou que les mots ne trouvent plus leur trajet d’ombre qu’éclairait encore un peu, il y a peu, la nécessité du dire encore. Un peu encore. Infime, ajouté à tout ce que dis depuis loin derrière, jusqu’à ces riens d’il y a peu. Parvenait alors la fatigue des mercis et celle des menus désirs. Un verre d’eau, quelques nouvelles du ciel.
Fini l’infini du silence de l’instant, les secondes d’inspiration reprendront, délicatement enlacées aux expirations ; vieux soufflet obstiné qui marque encore le temps.

À ses côté la veilleuse veille. Vacillantes parfois.

L’autre se penche au dessus, soudain dressé sur la petite pointe de petits pieds, mais c’est baisser la tête vers plutôt que de l’y élever, passer au delà du grand lit, des barreaux, des draps trop lisses, porter le souvenir de jeunes lèvres jusqu’au piquant du visage ; passe le rire d’antan. Loin. Incongru. Réponse aux pattes d’oies qui s’affirmaient aux coins des vieux yeux déjà. Se heurte au vide des joues du présent.
Tête et cage vieux soufflet. Épaules, genoux. Soubresauts de l’allongé, ou du corps de l’allongé, question de celui-ci étant ou pas l’hôte de celui-là. Il essaye. Petits mots à l’oreille, petite voix sourde avant de passer la bouche ; que dire ? Dans la respiration encore s’insinuer. Une main posée, relever quelques mèches collée par la chaleur. Lentement. Un œil lui répond peut-être par un entrebâillement de paupière qui s’étire jusqu’à ce que le sommeil le ferme à nouveau. L’autre non. Clos.
Mais il répond, quoi qu’il en soit.

19 juin 2008

Imaginer (laver)



Masque encore, sombre, couleur uniforme sous le jaune des tunnels comme au jour. Y retrouver la ville qui s’y cache, couverte d’une ombre de toute part que le soleil ne maîtrise plus : elle colle tant que la ville se trouve incrustée de cette nouvelle peau qui la vieilli sans lui donner d’âge vraiment. Poussière, acide et grasse, qui pénètre autant qu’elle recouvre, n’étant bientôt plus corps étranger mais nouvelle identité dont on ne sais plus extirper l’ancienne, blanche et ocre, engluée loin dans les souvenirs par ces infimes secondes accumulées jusqu’à masquer l’histoire. C’est un doigt, glissant dans la poussière, cherchant des ongles, qui y tracerait le désir du passé et, révélant peu à peu la vieille peau originelle, fatiguée, n’y trouverait qu’un nouveau présent.

16 juin 2008

Imaginer (le renard et la lecture)


Demain — en fait à 19 heures mardi en France — sortira la nouvelle version de firefox, la version 3. Je la teste depuis des mois et au delà de la rapidité accrue, la nouvelle barre de recherche fondue avec la gestion des signets m’est devenue indispensable.
Mais ce qui est également très important c’est le gain de qualité du rendu des polices et les nouvelles possibilités offertes de rendu d’images (mais aussi les canevas pour les balises sons et vidéo prévue dans html5 : au revoir le plugin flash).
La meilleur gestion des police est importante pour la lecture écran, car elle permet d’avoir des mises en page bien plus propres, avec ligatures et crénage mais aussi un lissage des polices plus agréable lorsqu’on lit longtemps. Toutes ces fonctions sont aussi accessibles dans les zones de saisie de texte telle que celle que j’ai sous les yeux alors que j’écris.
C’est d’autant plus important que c’est ce moteur de rendu qui équipera la version « mobile » de firefox, fennec, pour téléphones et autres pda, qu’on ne peut pas encore tester mais à propos de laquelle on peut trouver des concepts vidéos.

Beaucoup de ces nouveautés, détaillées, illustrée et en français sur l’indispensable framablog.

À télécharger, donc, les yeux presques fermés.

NB : l’équipe mozilla espère battre le record du monde de téléchargement en une journée… est-ce vraiment nécessaire pour se convaincre de la qualité ? Je préfère le gain incroyable en performances. Il n’est pas si courant que les logiciels, gagnant en âge et en fonctionnalités, soulage par là même nos barrettes mémoires. J’irais malgré tout contribuer de mon petit téléchargement.

9 juin 2008

Imaginer (il dansait)


J’ai oublié de dire qu’il dansait.
Voilà. Debout, devant une vitre que la nuit au dehors lui rendait miroir, il dansait. Se fixait lui-même, sourire aux lèvres, balancement des hanches, les mains l’une contre l’autre pour un son mat, sa voix dont les accents graves fuyants me surprennent encore parfois — les silences, ces dernières années, n’ont pas dû lui laisser l’accomplissement de ce basculement de l’âge — accompagnait le tout en chantant joyeusement les paroles ; connues, ressassées depuis si longtemps en silence, dans un balancement ou un cri.
Je le regardais depuis un canapé perdu, figé dans mon incapacité totale à me trémousser sur quelques musique que ce soit — préfèrerais être là, nu, à raconter ma vie, ce ne serait pas moi, il n’y aurait pas ce silence du corps dans l’espace, qui dénude l’âme. Il a alors cette force là, d’être, alors que ce pourrait sembler être le plus difficile qui soit pour lui. Non, aujourd’hui, et demain encore, il est comblé de cette victoire, et dans l’instant, il danse. Il y a ceux-là autour, jamais totalement loin, mais suffisamment pour qu’il s’abandonne à ce plaisir là. Distance, impossible à dire et à mesurer.
Il danse cette journée, le plaisir de nous y retrouver tous. Les liens vite renoués.

Ces moments peut-être, aussi, pendant lesquels ses deux bleus n’étaient pas moins accrochés aux miens que nos mains l’une pour l’autre. Deux arches qui j’espère le portent autant lui qu’elles me portent moi.

1 juin 2008

Imaginer (demeure)

« je nomme chacun des morceaux que je perds, jusqu’à ce que soit réduite à rien la distance du corps au langage »

Philippe Rahmy Demeure le corps

Du plus loin que mal, se souvenir être en vie.
Avoir en soi cette incongruité parasite qui ne cesse, palpitante de toujours dans la poitrine, circulation d’air sans relâche, pas un jour de soulagement, une minute de suspend.
Que la douleur croisse, embellisse, sans que cesse la vie, accrochée loin au fond de soi, s’y débattant encore.
Vie toujours, sans repos ni espoir de rémission, si peu parfois qu’elle semblerait immobile — existence en suspend, demeurerait le corps et ce qui le brise —, mais jamais totalement en fait puisque pour infime que ce soit, marche à marche, béquille de mots, elle progresse jusqu’à un point exquis — 10 sur l’échelle, dit-on — qui étouffera sous elle cette souffrance qui l’a précédée.

28 mai 2008

Imaginer (lumière)

Blanc soudain. Nitescence absolue qui obstrue la nuit et ses troués jaunes irrégulières, de façades en façades. Instantané jour frémissant, glissé sous le voile sombre et ses larmes à rebondir sur le zinc lépreux. Sitôt passé que disparu, immédiatement vaincue par la chape de gouttes, pas même une survivance entre elles. Mais la rétine s’en souvient, la pupille reste pétrifiée en un minuscule oubli, une petite goutte d’encre qui ne peux plus dire le monde autour d’elle ; il est alors et reste un instant cette lumière omniprésente. Le temps de déguster l’illumination, la perte soudain de tout repère, la chute qui guette, celui aussi de sentir monter le manque, le besoin de reliefs et d’ombres, jusqu’à n’en plus tenir, ouvrir un peu les deux diaphragmes bleus encore tremblant, les amadouer, chercher à nouveau le monde. Ignorer ce qui vient.

20 mai 2008

Imaginer (traces)


Eau
sang
traces au sol
Ce que laissé, oublié autant que perdu, dès l’instant où détaché de soi

En miroir du corps plaqué par son poids, empreintes de plantes, voutes, quasi-anatomique sinon que cette surface qui les porte les transperce, sable, vélin sous l’encre, buée pour paume
Souffle comme pas
En taches, dégoulinures et trainées, imprimées depuis que tombées là, bitume ou étoffe, échappées au corps, juste viscosité parfaite, couleur, odeur même et goût, âpre et salé, entailles et plaies
Ouvertes

Sur lesquelles se retourner, y revenir, le temps qu’elles sèchent, bues-évaporées
Les oublier
S’y accroupir, guetter l’écarlate passer carmin et se ternir lentement jusqu’au deuil
Qu’elles disparaissent

Plante d’eau sur le sable, paume d’absence sous buée
Encore
Humeurs, essences au sol, souvenirs secs, tenaces, indélébiles
Cicatrices

19 mai 2008

Imaginer (adobe digital éditions et linux)


Lisant le passionnant dernier billet de François consacré au livre électronique, j’y apprends qu’Adobe Digital Editions propose une nouvelle façon d’aborder le livre électronique. Il était temps, me dis-je… Le geek jamais vraiment caché en moi se réveil donc, je clic sur le lien vers un tant espéré logiciel multiplatforme de lecture numérique… Las, j’aurais dû m’en douter, j’apprends dans l’onglet dans lequel la page c’est affichée que « désolé, mais votre système ne réponds pas les besoins de systèmes minimaux. »
Qu’a donc mon système ? Alors même qu’Adobe™ annonce fièrement la sortie sur Mac™, Windows™ et Linux de la verison béta du nouveau player flash, et par là même un effort d’ouverture de leur logiciels.

Dire que c’est une réelle surprise, ou une nouveauté… non.
Je démarre donc le dernier Windows™ qui tourne encore ici, me rends sur la page de téléchargement d’adobe digital édition, qui me propose immédiatement de l’installer… il semble bien que ce ne soit en fait qu’une application en flash — déroutant, car le clic droit ne donne jamais rien dans l’application.

La bonne nouvelle, maintenant.
En cliquant avec le bouton droit sur le lien nouvellement créé sur le bureau windows, il est possible via les propriétés de trouver l’adresse exacte de l’exécutable (un « .exe », donc) et de le copier dans une clef usb ¹.
Un fois de retour sous linux il suffit, si ce n’est pas déjà le cas, d’installer wine, qui permet de faire tourner des applications Windows™ sans avoir a lancer une machine virtuelle pour laquelle, de toute façon, je n’ai pas la licence sur mon ordinateur.
Wine est dans toutes les distributions linux récentes, l’installer ne devrait prendre que quelques clics ou quelque chose comme ça dans la console : « sudo aptitude install wine » pour les ubunteros et autre « débianneux ».
Une fois wine installé, il suffit de naviguer vers la clef usb et, d’un valeureux quoi qu’incertain, double clic sur « digitaleditions1x5.exe » ou « wine LECHEMINVERSLEXECUTABLE/digitaleditions1x5.exe » dans une console, lancer le processus d’installation comme sous Window™ ².
Tout semble se dérouler pour le mieux, un nouveau dossier « My Editions » est créé dans le répertoire personnel, les pages d’aide s’ouvrent dans firefox (bravo pour tous les raccourcis clavier… mais où est celui qui fait un vrai plein écran ?).
Par la suite, Adobe Digital Editions est accessible dans le menu Applications > Wine > Programmes > Adobe Digital Editions et peut-être lancé comme toute autre application linux.

Voilà, j’espère que ça évitera a quelques lecteur la nécessité de passer par un système d’exploitation dont il ne veulent pas pour… lire un livre.

¹ j’aurais bien, ici mis un lien vers cet exécutable, mais je doute fort que la licence m’y autorise… si vous n’avez pas accès à un système d’exploitation soutenu par Adobe™, en cherchant entre ici et là, vous devriez trouver.
² Je sais, ce ™ devient fatiguant à la longue… mais il est sous mes doigts et sers mon propos, alors…

Imaginer (ce n’est pas moi qui le dit)

1. C’est un jeu féodal, fondé sur l’Exaltation du Tournoi et l’inégalité sociale.
2. C’est un jeu dont les règles varient tous les trois siècles.
3. C’est un jeu d’une antiquité contestable (à peu près contemporain de la canasta !).
4. C’est un jeu qui (comme les dames !) ne connaît que trois issues sans nuances : la victoire, la défaite, le nul. On gagne, on perd, certes mais on ne peut pas gagner d’un point, ce qui est l’un des suprême raffinements du GO !
5. Pis d’abord, c’est pas un jeu qui rend Poli !
6. Deux joeurs de force différente ne peuvent pas jouer ensemble avec intérêt pour le plus fort.
7. Une partie d’échecs dure tout au plus trente coups.
8. C’est un jeu confus où il n’y a pas deux pièces qui fassent la même chose.
9. Nous ne savons pas jouer aux échecs.

Il est inutile d’ajouter que le GO n’a aucun de ces manques (à l’exception du point n°9, mais, en France, nous sommes à peu près les seuls à le savoir).
PIerre Lusson
Georges Perec
Jacques Roubaud
« Petit traité invitant à la découverte de l’art subtil du go »

11 mai 2008

Imaginer (homunculus)

Petit ou grand, qu’importe, homme.
Sexe entre les deux non-jambes, deux fines baguettes articulée par un genoux mort et un souvenir de pied au bout de chacune d’elles. Elles ne portent pas, ne marchent pas pour, l’une puis l’autre, pour ; le tronc concave, soutenu à peine par une grande cyphose douloureuse qui retrouve sa lordose par instants, pour un temps, avant que la douleur de cette cambrure ne fasse retomber le dos dans sa catatonie habituelle, tenant sans cesse à son sommet deux épaules, presque pas épaules, suffisamment pour les bras mais rien par rapport au hanches, larges, épaisses et joufflue : ce sur quoi s’asseoir. Car définitivement assis, ischions plantés — d’où la non nécessité des jambes et ce gros bassin confortable bien que pas tant de poids au dessus.
Grosse tête incongrue sur une telle absence de corps, comme chez les deux autres ; moteur ou sensitif. Mais elle ne bouge que très peu, son seul objectif étant celui de placer le regard, droit devant, afin de s’assurer que des mains surgissent ce que souhaité d’elles. Deux yeux, donc, mobile dans le cadre restreint de ce qu’a guetter, ils ne se cognent même plus aux bornes de ce que vu, les savent trop bien. Quelque peu d’oreille mais la musique écoutée ne nécessite pas tant d’oreille que ça : le silence total serait tout aussi bien tant qu’il isole et fait oublier cet encombrant univers tout autour. Jamais eu de bouche tout du moins pas celle qui mange, qui parle, celle qu’une langue horrible comble, dont elle déborde. Tout juste celle qui marmonne, qui rumine pour les doigts.
Les bras ne sont pas plus que ce que sont les jambes ; mains posées pour ignorer un peu plus les épaules, les délester de leur poids, ils ne sont qu’un frêle lien. Tout juste l’un d’entre eux, accompagne-t-il — de plus en plus rarement, tout est pensé pour être sous les doigts — sa main jusqu’à chercher le système de pointage, peu importe lequel, pour quelques petits ajustements et validations, assez rare finalement. Pour les respiration en fait, les instant où il s’oublie à ce qu’il est, trouve en une inspiration une forme commune. Ce bras là est donc légèrement plus développé que l’autre, et cette fonction unilatérale est sans doute la cause des déformations du dos, des épaules, jusqu’à celles du cou et un angle bien particulier que prend la tête parfois.
Reste deux mains imposantes, miroir l’une de l’autre, larges. Cinq doigts chacune dans l’idéal, chacun endurant sa charge de travail respective, la plus équitablement répartie. Ils ne cesse pas de bondir en tous sens bien qu’en fait revenant toujours à la même position de base, ces huit touches où ils travaillent encore et s’échapperont furtivement avant d’y revenir. Bien que tous s’agitant pour un même but il semble qu’ils aient chacun leur vie propre et que manque la clef qui décoderait ce ballet incessant. Le pouce devrait être mis a part compte tenu de sa fonction. Il est beaucoup moins gros que ce qu’il pourrait être car c’est finalement lui, le plus mobile, qui se retrouve a en faire le moins, sa fonction d’opposition, si caractéristique de ce corps dont il se croyait faire partie ne lui servant plus a rien.
Les autres doigts sont, eux, sensiblement identiques, bien que de tous ce soit l’auriculaire qui soit le plus méconnaissable : il est grand et a encore gagné en mobilité. Ce sont parfois treize direction, treize cibles qu’il lui faut atteindre, enchaîner parfois, et répéter fébrilement d’autres quand, finalement, ça ne va pas. Qu’il faut effacer, recommencer. Se retourner, repartir en arrière pour reprendre là où il semble qu’un autre chemin soit possible, bien que pas d’autre chemin visible, bien entendu, pas plus qu’ailleurs, mais une possibilité, oui, un espoir nourris par la direction souhaitée.
Mais c’est encore dépenser de l’énergie que de revenir en arrière et marteler ainsi le retour sur les mots, une souffrance, la crainte d’un futur regret. De l’énergie perdue pour ces mots un a un, et leur perte ensuite ; les doigts à s’agiter ainsi pour tout le reste immobile — d’une fesse à l’autre, parfois, à peine ; les yeux à suivre bien que les paupières se ferment de plus en plus souvent, que les yeux s’échappent du cadre, ne regardant rien de plus mais laissant le lien entre l’idée et les doigts se tendre un peu plus, dans l’espoir qu’aucune perte ne survienne.
Chaise, clavier, écran ; homunculus bloggeur.

10 mai 2008

Imaginer (O’Reilly france ferme)


J’attends que la feuille, teXte ou àmontour développent l’info, mais j’apprends que les éditions O’Reilly France ferment ; liquidation judiciaires.
Les éditions O’Reilly, dans le domaine bien spécifique des livres informatiques, me paraissaient incontournables. Mon « LaTeX par la pratique » est tout corné et j’espérais bien voir surgir un « ConTexT par la pratique », un jour. Ce sont des livres bien traduit (les traducteurs français sont eux-même des experts du dommaine qu’ils traduisent et ils écrivent des chapitres spécifiques à l’usage du français), avec une belle mise en page, un reliure solide… bref, un vrai travail d’édition.
C’est d’autant plus triste que c’est un éditeur qui a très tôt choisi de mettre en place des livres numériques (sans DRM, avec création d’un format de documentation électronique, le docbook, en plus), décision favorisée par le fait qu’ils travaillent pour un domaine dans lequel la lecture à l’écran et la recherche plein texte est une réalité quotidienne.
Malgré 40 % de leurs ventes en numérique, un manque de temps auquel s’ajoutent baisse du dollar et subprimes ont enterré la petite filiale française.
Plus d’explications ici (dans les commentaires on apprend que le site rapportait 20 fois plus qu’il ne coûtait…).

6 mai 2008

Hum…

Plates excuses pour l’avalanche de fautes d’orthographes du précédent billet.
C’est que malgré toutes ces lectures l’orthographe, la grammaire et la conjugaison ne me sont toujours pas naturelles.
Comme si la langue, bien que lue, m’était en premier lieu un son, une musique — et j’aime beaucoup ça…

Imaginer (inventaire)


Inventaire, en retard, pour répondre à la question de François.

Le premier. Sorti de la bibliothèque du salon, de la même place que celle qu’il occupe aujourd’hui encore. Couverture rouge, papier bible, épaisseur incalculable et poids dans les mains du haut de ces premières années de primaire : les Trois mousquetaires. Mais mon grand frère venait de le lire, lui, alors pourquoi ne pas faire de même ? Je ne sais pas bien ce qui m’en reste sinon le sentiment d’un début, d’une plongée.

Dix ans, vacances en Irlande, les longs trajets en voiture et tout autour, le vert. Parvenu trop vite à épuisement de la pile des vacances, c’est Cent ans de solitude que j’extrais des affaires de mon frère, lu, re-lu. Dix jours, pour deux cent ans, finalement. Un frisson dans l’écriture, tout au long du livre, la construction lente.

Une prof de français — on disait comme ça, prof — en quatrième. La honte, sans doute d’avouer avoir dévoré ce Madame Bovary contre lequel les autres élèves pestaient en se réfugiant au mieux dans le « profil d’une œuvre » que je n’ouvrais pas, que je n’arrivais pas a lire pour y trouver des réponses toute faites, petits livres rouges qui se cachaient au regard des enseignants. Avoir pris du plaisir dans la musique des phrases, dans le long déroulé soyeux et l’exactitude de la ponctuation. Sans rien saisir vraiment de la profondeur du roman.

Première scientifique, cours de français morne, le chignon trop stricte de celle qui nous disait cette Duras dont le Barrage nous donnait à entrevoir une finesse des sentiments, et la justesse du creux dans lequel elle les faisait naître. Comment s’imaginer alors qu’elle devait, derrière la bouche trop pincée qu’elle nous opposait, murmurer cette lettre d’Émilie L. que je finirai par dire des années après, sous chapiteau, devant ces circaciens interloqués ; torse nu, pantalon taï, musique de Michel Portal : je n’avais finalement pas jonglé. « Je ne sais pas si l’amour est un sentiment. Parfois je crois qu’aimer c’est voir. C’est vous voir. ».

J’ai du mal a classer précisément ici Boulgakov, Gogol, Zweig… Ils ne sont pourtant jamais loin quand j’évoque les vacances de ces années-là.

Études de kiné, autour des vingt ans, train au départ de gare du nord en route chaque matin pour la clinique Champs Notre-dame de Taverny. Entre les mains Dans la solitudes des champs de coton que mon père y avait glissé. Arriver à la dernière page, le souffle court, les lèvres sèches. Se retrouver soudain, soi, seul, devant la fin d’un livre. Perdu comme en deuil soudain. Retour a la première page, comme s’entailler la peau à nouveau pour être certain de la sensation qui en découle. N’en être toujours pas certain.

Premières années de travail, vingt-trois ans peut-être, Antoine parlait de Céline, de Modiano ou de Flaubert en s’emportant. Nous, nous les dévorions en silence, ne sachant que dire de ce mouvement perpétuel dans lequel nous plongions, une bouteille bleu comme à portée de main, dans la bibliothèque. Passage à la librairie il me met Mémoire d’éléphant dans les mains. J’ai par la suite découvert bien d’autres merveilles dans les autres livres d’Antonio Lobo-Antúnes, mais c’est dans un train entre Paris et Marseille que j’ai plongé dans cette folie qu’il manie si bien.

Je ne sais pas bien quel livre de Claude Simon mettre là. J’allais les chercher dans la petite bibliothèque de ma mère, de son côté du lit, au milieu des Buzzati, Duras et autres qu’elle aime garder près d’elle. Je crois y avoir entre autres choses trouvé le goût des longs apartés, du creux des phrases où le lecteur se retrouve face à lui-même. La jalousie quelques années après me plongera dans un vide encore plus vaste, j’essaierais en vain de convaincre mes patients de lâcher cet Harry Potter que je ne lirais pas pour s’essayer à ces délices-là.

Vingt-cinq ou vingt-six ans, passage chez les amis du quartier avec qui nous préparions ma présidence de l’association. Mes yeux traînent sur la petite bibliothèque de théâtre d’Amandine, ils s’arrêtent sur Compagnie d’un Beckett dont je n’avais que vaguement parcouru le « Godot » bien des années avant. Elle me le prête à la condition expresse de le lui rapporter. Lu deux fois de suite cette nuit là, totalement perdu, incapable de savoir ce qui s’était passé entre ces lignes, traversé par trop de sentiments pour décider celui qui me coulait finalement des yeux, après avoir ouvert un gouffre dans ma poitrine. Livre rendu à sa propriétaire le lendemain, une fois mon exemplaire acheté. Étrange besoin de la possession, moi qui n’ai jamais été trop fétichiste de l’objet livre. Premier texte que, plus tard, après avoir lu tous les Beckett, je rentrerais dans l’ordinateur, immédiatement suivi de Soubresauts, infini.

Il faudrait placer par ici les premières lectures et découvertes sur le net, les signets accumulés.

Il arrivera bien un jour où je lirai les Proust que je n’ai pas lu : ils sont dans la bibliothèque, ces poches jaunis que Frédérique, lectrice attentive et anonyme de ce premier texte lancé sur la toile, m’avait apporté lors de notre première rencontre, avec un petit post-it collé sur le premier tome « Tu peux les garder Ils ont tout mon temps ». Elle ne comprenait pas que je n’aie jamais lu Proust. C’était pour moi un tel monument, je ne me sentais comme pas vraiment le droit ou les capacités de le lire. Je me souviens pourtant de ces temps durant lequels — je devais avoir vingt-six ans — chaque matin, le premier geste était d’attraper le fort volume d’alors et mes lunettes. Et ne sortir des draps qu’après avoir avancé dans la magie des phrases, dans la profondeur de ce qu’elles racontent. Aujourd’hui, sans que j’en sois étonné, c’est un nénuphar qui me vient en tête quand je repense à ces lectures. Malgré tout, à l’époque, c’est Antoine Emaz, trouvé sur remue.net que j’affichais dans la salle d’attente.

Puis il y a eu la préparation du spectacle, le voyage à Prague, la (re)lecture de Kafka, la découverte de Blanchot par De Kafka à Kafka, encore un train, encore une porte ouverte, ou devinée sans oser l’approcher, ou savoir comment l’approcher. Kafka donc, jusqu’aux quatre dernières nouvelles publiées. Un artiste du jeûne.

29 avr. 2008

Imaginer (poussière)


C’est à présent en creux que la ville se crée, dans les espace qu’on y laisse comme on s’y déplace, chaque pas abandonnant en mue le souvenir d’une présence passée. Un désir, tremblant un instant encore dans l’épaisseur de l’air.
Y revenant on ne s’y retrouve pas ; un comblement a eu lieu, par un autre, occupant l’espace sitôt que créé, la nécessité d’espace attirant immédiatement de nouvelles existences et le besoin de combler ; ou, dans les espace clos de la vie que l’on voudrait privée, le comblement a lieu par la poussière de l’absence qui s’y accumule trop vite. Qu’on reconnait parfois avec difficulté comme étant la sienne, et celle des proches qui sont passé par là, puis ont disparu.
On est sans cesse confronté aux creux des autres, attiré soi aussi, par ces souvenirs souvent anonymes dans lesquels on passe, vite, sans vraiment de conscience de ces présence muettes, ni du fait qu’on ait été attiré. On en garde pourtant la trace en y mêlant la sienne, comme d’un toile abandonnée par son araignée et qui colle à la peau du passant qui s’aventure dans un de ces lieux de souvenirs, déserté.
Ce ne sont que bribes ténues ne contenant souvent rien qui nourrisse vraiment mais il est des ravissements inattendus presque autant qu’inexplicables dont l’écho fait soudain s’effondrer en soi une base si lointaine et profonde qu’on ne la connaissait plus. Tituber alors et sentir la vieille vase remonter jusqu’aux caroncules, pousser au crâne. Ça pue et ça colle mais on s’y vautrerais bien quand même tant on sent au fond la possibilité d’un minuscule trésor à exhumer, ou tout simplement le plaisir de cette fange là dont a force de fuite on avait fini par oublier la douce chaleur.
On s’en extirpera, poussé par une douleur trop entêtante, à moins que tiré par une conscience plus forte que l’oublié ressurgi, titubant peut-être un peu, abandonnant un zeste de cette chute au prochain qui passera par ce creux ; poussant la ville un peu plus avant dans ses circonvolutions.

20 avr. 2008

Imaginer (Kantor)

« Ce n’est pas vrai que l’homme moderne est un esprit qui a vaincu la peur.
Ce n’est pas vrai !
La peur existe.
La peur devant le monde extérieur, la peur devant le destin, devant la mort, la peur de l’inconnu, du néant, du vide…
Ce n’est pas vrai que l’artiste est le héros ou le conquérant intrépide, comme nous l’apprend la légende conventionnelle.
Croyez-moi, c’est un homme pauvre et l’impuissance est son lot, il a choisi sa place face à la peur. Pleinement conscient.
C’est dans la conscience que naît la peur. »
Tadeusz Kantor

15 avr. 2008

Imaginer (porter)

Du plus loin il porte la mort sur ses épaules. Il l’imagine : une sphère, immense et pesante, sans que ne l’ai jamais vue ni sentie d’aucune manière sinon cet affaissement dont il décida très tôt qu’elle en était la cause. Il ne peut imaginer d’autre cause ; ni l’imaginer autrement. Il essaie pourtant. Mais toute tentative n’aboutit qu’à cette masse sphérique sur ses épaules, à laquelle, malgré l’évidence de toujours, il n’a jamais pu se faire ; pas même une lassitude de la pensée qui, à défaut d’alléger le corps, libérerait l’esprit. Il n’en remet pas moins cette certitude à l’épreuve tout le jour, pour trouver une autre évidence que la mort. Simultanément, il cherche un moyen de se débarrasser d’elle et décide que, lentement, au fil des ans, elle céderait et s’éroderait, se faisant à mesure plus légères aux épaules, cependant qu’une fatigue totalement inconnue au départ ne cesserait de croître sur le même rythme dans tous le corps.

Il s’en convainc.
Mais il ne sait en fait si le poids diminue vraiment, ni si la fatigue gagne, puisque la difficulté quotidienne, elle, reste, telle que toujours, cet affaissement dont il fait l’objet, l’entraînant inexorablement vers le sol.
Sans, à vrai dire, que sa position n’ai changée tout ce temps — sinon il y a longtemps qu’il aurait touché ce sol qui le porte — mais il est malgré tout sans cesse comme projeté vers lui. Et ne saurait lutter contre cet entraînement.

Ainsi allait-il de longtemps maintenant, supposant une mort patiemment vaincue, une fatigue galopante, toutes deux enfermées dans l’immuable effondrement quotidien. Arrivera un jour pense-t-il, où, la fatigue à son comble, la mort ne sera plus rien ou presque, un grain intangible, une poussière d’elle-même. Tant rien qu’un faux geste, elle lui échapperait. Seul avec sa fatigue, il lui succomberait.

9 avr. 2008

Imaginer (question)

Ne lui posez pas la question qu'il vous sait vouloir lui poser.
Au seul nom que vous prononceriez vous détecteriez peut-être un tremblement ; il tremblerait, sa voix le dirait dans sa réponse, cette perte d'intonation, qui fait tomber les mots dans la gorge.
Mais en fait, il aurait frémi avant ce nom. Sachant qu'il allait être dit.
Il le saurait dès le début de la question — il a cette peur que vous le disiez — et ainsi, une fois votre question posée, il y aurait déjà une éternité qu'il aurait été happé par elle, par ce qu’elle contient, auquel son corps réagit.
Pas une douleur, pas vraiment. Ni un honneur, il ne s'en croit pas digne ; il ne l'est pas ; on ne peut penser l'être.
Il y a un gouffre entre eux, entre ce nom et lui, entre ce nom et tout autre nom. Mais c'est un gouffre que l'on peut visiter, dans lequel on se glisse, s'y perd volontiers, on y vivrait sans doute. Pourtant il faut en ressortir ; visiteur on ne peut y rester, l'habitant, le vrai, vous rejette un peu, en silence mais on comprend qu'il faut partir, tourner la dernière page et ce vide qu'elle contient. Il faut laisser le mystère au gouffre, à ces recoins.
On y reviendra.
Je crois qu'il aimerait pouvoir en faire partie, que ce soit un peu son gouffre, et c'est ce que vous lui diriez presque.
Mais il ne peut l'entendre. Il se dit qu'il ne le doit pas.
Par cette question vous réaliseriez tout pour lui d'un coup : révélation du désir, possibilité de le réaliser, obscénité de le dire, incongruité d'y avoir cru un instant, honte, douleur du rejet.
Il devrait prendre un temps avant de répondre, mais il ne le prendrait pas, irait trop vite, mâcherait des explications pour dire que non, que ça n'est pas possible — mais merci, il dirait merci, beaucoup trop —, fanfaronnerait peut-être.
Non, ne fanfaronnerait pas, pas avec vous, pas à ce propos. Même pour s’en faire un masque, il ne le ferait pas.
Il ne fanfaronne qu'avec lui-même à ce propos, car bien entendu ce que vous pensez, ce que vous dites avoir senti, bien que se le cachant, il l'a senti, le sait, le pense dans l'intimité de ses circonvolutions, joue avec comme d'une flamme un pyromane le ferait, .
Sa voix glisserait imperceptiblement vers le chuchotement, marcherait au bord de celui-ci. Vous ne le sauriez même pas, écoutant sa réponse, mais pour lui il y serait déjà tombé, au fond, là où le silence,
seul,
existe.
Il se tairait vite, ne finirait pas ses phrases. Les suivantes surgiraient, des sursaut, pour se hisser hors du silence qui en dirait beaucoup trop.
Il y aurait aussi un frisson jusque sous ses cheveux, il le cacherait dans un sourire, mais ses yeux se plisseraient, deviendraient durs au lieu de rieurs.
Un peu comme ça.
Vous vous sentiriez rejeté d'une complicité que votre question en forme de compliment voulait instaurer.
Un froid, dit-on, mais il ne vous en voudrait pas. Il ne veut pas en vouloir à ce propos à qui que ce soit. Quoi qu'il soit dit. Tant des reproches que ce vous lui dites. En vouloir pour des reproches, ce serait un aveu, encore.
Que resterait-il de cette question ? Assurément, il la regretterait. Il savait que vous la lui poseriez ; il s'y est préparé, y a beaucoup répondu, seul face à lui même, sachant qu'il se mentait. Qu'il vous mentirait. Maispourtant ce mensonge, tout bancal qu'il est, avec son frisson, ses silences, c'est tout ce qu'il a. Il regreterait, votre question, son mensonge.
Pourtant, il pourrait en parler, il l’a déjà fait, mais il choisit ses moments, et avec vous ce ne serait sans doute pas le bon. Ou pas pour dire ce que vous lui diriez, pas comme ça ; cette question. Ce compliment.
Ne la lui posez pas.

Un temps.

Vous la lui poserez.
Il tremblera.
Il savait que vous la lui poseriez.

4 avr. 2008

Imaginer (radio)

Souvenir d’enfance, des reportages radio dans lesquels le micro passait la porte, montait l’escalier, les bruits de la rue, atténués par la fenêtre ; on entrait dans le reportage comme chez l’intéressé.
Alors quel plaisir d’aller passer un peu de temps sur freesound, une base de sons sous licence creative common, grandissante et bariolée.
Ici aussi bien des sons captés que des montages ou de mix complets.
Les morceaux sont bien étiquetés et on peut facilement et rapidement les écouter et les boucler (inscription nécessaire pour les télécharger).
On y trouve aussi bien des extraits très courts utiles aux montages que de longs arrangements, comme cet orage (1h15) ou ce feu de forêt. Ne manquent pas un foule d’oiseaux, de marcheurs et même les cloches de la cathédrale de Saint Etienne !
Il y a aussi des « pack » tout fait, des machines, des instruments de musique et de quoi remplir une trousse à outils.
Ça changera de ça.

Alors y ajouter une voix ?

PS : Pour le montage « open sources » le facile à utiliser audacity et le très (trop) complet ardour.

3 avr. 2008

Imaginer (revoir la mer)


Nous allons bien (pas la voiture)

Puissance car dans ces langues successives qui ne t’atteignent pas — y veiller sans relâche, ne pas avancer jusqu’à la tentation — tu sens encore la masse de l’eau, loin, écrasée de nuages, les sursauts des vagues à perte de vue, volutes d’écume, moutons.

16 mars 2008

Imaginer (nuque)

Temps, qui d’autre sur les épaules, lourd parfois autant que pas assez d’autres, la nuque à le chercher et le fuir sans cesse selon, que dire sinon les étranges voies du désir par moment — jamais le bon. Sur cette nuque aussi, la peur ; tout juste ce que senti d’elle en fait, ce picotement qui saisi si souvent lorsque ignorant de ce qui suit, se glisse dans l’espace niché à la base du crâne et s’y arrête parfois. C’est au dos alors que retrouver la peur, par la présence du temps qui y cesse et scrute sa propre chute figée. Dans l’espace fin entre temps stoppé net et dos, ça frémi ; ça hérisse du dedans jusqu’à la peau au-dessus : tout toujours du dedans vers l’inconnu tout autour, traversant ce sac de soi sur lequel en l’occurrence perle la sueur, comme aspirée par le vide. Elle passe en réalité à force de frissons, immédiatement cristallisée au contact de quoi, la peur qui d’autre. Tout soudain glacé tout autour alors que pas plus froid l’instant d’avant, sinon la peur à la surface et l’aveu d’elle dans le frémissement. Tant glacée que pas certain finalement que cette surface là et ce qui y glisse soient de soi, mais sinon qu’y aurait-il à transpercer, et qui transpercerait, du dedans au dehors ? En réponse, frissons encore, du dedans vers. Traversée de soi qui hérisse, signe du tout s’échappant de ou aspiré vers, que préférer, par la peur, quand le temps cesse et lui laisse une place, mince, vers le corps inquiet où elle se glisse. Le froid et ses frissons passés, le temps reste le plus souvent muet au dos, pour quelle raison non su, jusqu’à ce qu’une fois la certitude acquise que tout s’achèvera en cet état, ou y stagnera sans plus jamais de retour, il reprenne. Jamais eu suffisamment de conviction pour échapper au bout d’un moment à l’idée que tout soudain cesse ou ne cesse de ne pas cesser, sans autre raison que quoi sinon le vide laissé par une peur révolue, l’est-elle vraiment ? Bien que le sol semble une plus grande vulnérabilité parmi les rampants et les miasmes, y plaquer le dos l’abriterait et faciliterait sans doute la reprise du temps et le comblement enfin d’un espace alors si petit que ce restant de nuque dégagée au dessus du sol ; quoique quand le temps pèse aux épaules il ne semble y avoir d’espace qu’il ne puisse occuper ; sinon pourquoi tant aux épaules ? Surtout allongé sur le dos n’offrirait plus à la peur que l’immense possibilité du devant et des yeux ; à laquelle le dos et la nuque sont finalement préférable. Attendre donc, debout encore, que cesse ce que supposée pour peur, ou son résidu que seul le temps craint encore, ou encore que ce dernier reprenne sa place, ou quoi d’autre sinon un de ces trois supposées ? Tandis qu’elle se croit perdue, clouée par la résignation dans l’immuable, le temps finalement repart, inespéré ; vite il comble son retard-trop et reprend son immuable. Qu’alors sinon sa totalité rendue au corps, se remplissant à nouveau jusqu’à la prochaine peur sans doute. En attendant, le lourd aux épaules, trop déjà. Retour également de l’oublié du devant que la nuque avait plié à son ombre, rendu aux deux yeux noirs n’ayant rien jusqu’alors, sinon le sol dans l’ombre ; et le temps, une révolution complète mettons, qu’ils y ont perdu. Au mieux. Au mieux, y avoir perdu une révolution complète.
Jambe, genou pour pied : un devant — qu’importe lequel, mais souvent le même —, puis la suivante : au pas.